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Long Chemin

Il y a quelques jours, j'écrivais ceci pour moi-même : "Je suis dans un état hors du monde qui m'entoure, hors du temps. Effrayée et sidérée,  je voudrais pleurer, me sentir soulagée, mais cela ne vient pas. Avant, je pleurais un bon coup et voilà que je me sentais mieux. Les larmes fatiguent et finalement, apaisent. Mais aujourd'hui, non. Un état parallèle. Entre la conscience et l'anéantissement qui empêche de réagir. 

Pourtant,  j'ai si peur de laisser mes amours dans ce monde qui me semble de plus en plus hostile . Avant, j'avais la haine de devoir partir avant eux. Désormais,  je me dis que c'est peut-être moi qui serai la moins à plaindre de partir si vite. Que vont-ils devenir, non pas sans moi, mais dans ce monde ? Je ne saurai pas. Vont-ils devoir vivre des jours horribles ? Quel avenir pour eux ?"


Aujourd'hui, 5 septembre, j'ai ouvert les vannes. Je suis tellement fatiguée. Jour de chimio. Ma docteur m'a prescrit un somnifère : j'espère dormir cette nuit et ainsi ne pas devoir me lever dix fois pour aller aux toilettes. Elle a aussi avancé mon scanner, parce qu'il nous apparaît maintenant inutile de faire la dernière chimio de la série si elle ne sert à rien. J'ai trop de gêne au niveau du transit. On doit aussi me changer mes sondes urinaires vendredi,  pourvu que ça se passe bien. 


Ma vie se résume à beaucoup trop de repos à mon goût, cela ne correspond pas à mon caractère d'hyperactive. Je suis comme un vieux téléphone que l'on doit brancher plusieurs fois par jour et qui ne tient plus la charge. Le canapé est devenu mon camp de base. Je ne sers plus à rien. Même mon cerveau semble fonctionner au ralenti. Je n'ai plus goût à grand-chose.


Alors à quoi bon ?


M'éclipser serait ce qui pourrait arriver de mieux pour mes chers et tendres, afin qu'ils puissent enfin tourner la page et reprendre le cours de leur vie sans entrave. Je n'écris pas cela pour être plainte, mais parce que c'est ce qui pourrait arriver de mieux. Partir vite.  

Jusqu'au mois de mai, j'ai plutôt bien vécu. Depuis, je rame. Je n'avance pas. Il y a eu toute cette douleur post-opératoire, le Covid, beaucoup de fatigue, et peu de moments de réel répit. Je ne peux plus rien espérer de bon, raisonnablement. Je me rends bien compte que mon corps se dégrade jour après jour. Je ne veux pas infliger cette situation à mes proches.


Voilà sans doute à quoi ressemble le début du bout du chemin.